A plat.

L’homme qui Tombe, Don Delillo, 2008, Acte sud

hommmequitombeOn vénère ici et là la capacité de l’Amérique à traiter sans gêne et rapidement de sa propre Histoire. Dans cette optique L’Homme qui Tombe recevra son lot de louange, 7 ans après les tours jumelles.

DeLillo, connu pour surtout pour Outremonde, gros pavé-roman totale tel qui fait – à raison – la fierté de la littérature américaine (Pychon, Powers, Wallace) et tel qu’on en voit éclore dans le meilleur de la littérature contemporaine (Joyce, Bolano, Littell), nous gratifie ici d’un drame sentimental plus intimiste et accessible. La reconstruction d’un couple dont l’un des deux est une victime plus immédiate que l’autre des attentats.
Il faut reconnaître la beauté du titre, en lui-même et en référence à la meilleure figure du roman : un acrobate qui tombe au milieu de ces concitoyen, au milieu de la ville et quelque part aussi, au milieu de l’histoire, à l’improviste, comme un évènement d’effroi et de brusquerie, non dénué d’une poésie inavouable, gênante au vue des circonstances : celle des corps en mouvement vers la chute. Si le livre n’est qu’un prétexte à l’apparition de cette invention iconoclaste, alors il faut le lire et recueillir la pertinence du geste. On doute pourtant.

Pourquoi présenter cette histoire de couple sous fond de divergence existentielle et idéologique absolument artificielle et gauche dans leur intervention ? S’il règne une atmosphère fantomatique et éthérée dans les dialogues et les personnages de L’Homme Qui Tombe (et qui en fait son charme), il y règne aussi un retour sur forcé, un fantasme de réflexion, sur l’événement, sur soi et sur l’Histoire qui in fine présente moins un compte rendu réaliste de l’état de l’Amérique et de son peuple que le compte rendu – par l’absurde et au dépend de l’auteur – de ce que DeLillo voudrait qu’elle soit : une Amérique perdue mais civilisée, gangrénée mais saine, secouée mais stable. Or ce n’est pas l’histoire de couple – aussi bien traitée et écrite soit-elle – mais les deux tours écroulées en arrière fond qui sont censés construire l’apport du livre. Le livre peine alors à éclaircir son sujet et constitue finalement une analyse réflexive dont il semble que l’auteur lui-même n’avait pas besoin de produire mais devait – pour défendre cette réputation dont nous parlions en premier – produire.
La figure de l’acrobate et la description de ses happenings en dit bien plus long et avec bien plus d’élégance et de justesse que les 299 autres pages qui, à force de présenter un idéal de conduite qui oublie de se déclarer lui-même comme un simple idéal, finissent par agacer. Comme un tableau trop beau, comme Disneyland peut agacer, comme la pelleté de film français façon Faubourg 36 peut agacer.
On finit par souhaiter que cet homme cesse de tomber et de nous rappeler  l’échec du livre.

~ par retoursur le décembre 3, 2008.

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