Depardon, Allen

Vicky Critina Barcelona, Woody Allen, 2008

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Le nouveau film européen du new yorkais est l’un des plus modeste de l’année. Et l’un des meilleurs. D’abord parce qu’il contient de ce naturalisme retro qui faisait le charme du Rêve de Cassandre, un naturalisme gaiement bourgeois qui fut toujours présent chez Allen mais jamais mieux revendiqué et digéré que depuis son périple dans le vieux continent. De plus, Vicky est l’équivalent chez Tarkovski de Solaris ou encore de ce que vient de faire Gray avec son Two Lovers, d’In The Mood chez Wai, d’Inland Empire chez Lynch – et j’en passe : un manifeste condensé et puissant de leur cinéma respectif sous l’excuse de la plus banale des histoires contées, celle d’une pauvre love story.  Le gout pour les dialogues réflexifs, pour la monstration culturelle gratuite, pour le petite bourgeoisie inoffensive, la capacité aussi, à faire basculer brusquement des personnages plutôt bien écrit dans leur caricature cinglante. Tout Allen est dans Vicky, en plus subtile que partout ailleurs. Et son aptitude à résumer en une scène tout un film. Ici celle où Johansson déclare sa rupture. Bardem raisonne et rassure, Penélope – de dos – insulte en espagnole, Johansson se perd dans ses excuses avant que ne lui soit asséné une courte vérité en trois mots. En quelques plans la cartographie des protagonistes est bâclée, toute en justesse et adéquation. Peu de cinéaste en France possède cette capacité à alterner une telle concision d’écriture avec le faste psychologique qu’est aussi celui d’Allen. Cette idée que le récit des plus charnu doit pouvoir se terminer en un geste rapide – une alliance qui rebondie – est la grande force du New-Yorkais. Telle cette morale simple qui concluent ce film et qui concluait Casssandre. La psychorigidité de ces films et personnages est, en ce sens, une vraie force. La brune décide de demeurer dans le confort parce que c’est ce qu’elle représente, une vision confortable des rapports sociaux, l’allumeuse reste indécise à jamais, l’espagnol hors de toute implication comme il le précise lui-même d’emblée. La dernière bonne idée de Vicky est de ne faire intervenir Penélope qu’à la moitié du film. Seule figure moins prévisible, elle bouffe littéralement le film par sa présence et sa vulgarité tout en contenue, comme elle bouffe le tableau sur lequel elle peint, nue ous sous sa combinaison, penché sur le tableau, comme un dément dans ce film plein de figure prévisibles.

La Vie Moderne, Raymond Depardon, 2008

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Ceux qui ne connaissent de Depardon que ses documentaires comme Délits Flagrants, ou 10eme Chambre seront surpris par cette mouture. Le de loin de ces films fait place depuis un temps à un rapport autrement autobiographique dont La Vie Moderne est une première conclusion. En question ici le rapport de Depardon au monde paysan. Sa vision d’auteur (sic) est donc plus grande qu’ailleurs. Et c’est un bien car elle est plutôt tendre et belle cette vison. Un peu mal à l’aise aussi dans l’exercice. Examen des forces restantes en présence dans l’univers paysan, compte rendu d’un mode de vie, rapport à un regret personnel d’avoir quitté ce monde là, portrait en parole d’homme et femme vivants “en arrière” de la société, point de vue esthétique sur des zones qui n’ont plus pour habitude d’en recevoir un – le film est un peu de tout ça. Son titre même montre l’indécision du réalisateur : en quel sens prendre cette vie moderne. Le titre milite ou ironise, constate ou décentre ? La présence aussi de Depardon au sein du film est étrange. Non pas qu’elle dérange – au contraire sa transparence est une vraie force – mais elle souffre d’une vraie position. Parfois le tableau est peint dans le plus grand silence, avec une réserve touchante et juste quant à l’intrusion. Et puis parfois Depardon donne l’impression de diriger les dialogues plus qu’il ne se contente de les recevoir. Le film se conçoit moins en tant que projet qu’en tant qu’envie – ce qui avouons-le entretient une certaine fraicheur. Car difficile de voir claire dans le projet de La Vie Moderne qui tend finalement à être un mixage de son travail photographique, biographique et documentaire. Mais cela réussi à l’occasion. Les portraits figés qui clôturent le film, les longs travellings qui offrent une vision quasi généalogique du paysage sont autant de grands moments cinématographiques. Il y en d’autres à découvrir.

~ par retoursur le novembre 29, 2008.

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