Parmentier.
La Confrérie des Mutilés, Brian Evenson, 2008, Lot49.
La Confrérie des Mutilés est l’exemple type d’un livre qu’un mec avisé (sic) vous conseillera. Parce que 1/c’est contemporain 2/c’est court 3/c’est fun, au sens postmoderniste de fun. C’est aussi l’exemple type du livre qui patauge dans une sauce trop complexe pour être comestible et finit par se noyer dans son jus.
Les débuts sont très appréciables. Kline, détective, est embauché par une secte pour confondre le coupable d’un meurtre en leur sein. Milieu angoissant où les membres partagent un gout pour l’auto amputation et se hiérarchise selon le nombre de coupes volontaires qu’ils peuvent comptabiliser sur leur corps.
C’est pratique car Kline vient juste de s’amputer d’une main pour survivre à une agression. Entre lui et le chef du clan – Borchert – se lie donc une belle amitié où il lui faudra accepter des pertes de membres supplémentaires pour avoir accès à la vérité. Belle métaphore de la poursuite d’une obsession. Personnage et lecteurs saisissent vite que la vérité proposée par Borchert est pour le moins relative. Qu’importe, les membres tombent. Pour mettre à jour. Qu’importe le tenant de ce qui est poursuivit, il faut l’immobiliser pour retrouver la tranquillité.
Le livre est comparé à Kafka (il est comparé à Borges aussi, mais là on ne voit pas bien au delà de l’argument marketing). C’est en partie vrai dans son premier tiers. Avant que la sauce ne tourne. Le gout pour l’absurde burlesque, l’humour noir et la psychose du désir est tout entier contenue dans cette partie, cuisiné soigneusement afin que chaque élément – sans perdre de leur saveur particulière – donne un tout irréductible qu’en d’autre lieux on nommerai littérature. Visiblement le texte a été rallongé ultérieurement pour apparaître tel quel, on fait le pari que la coupe se trouve ici, entre un premier tiers, qui rappelle tant l’ambiance de Poe que l’écriture distancié de Papini, et le reste. Le chef de la confrérie comme le décrit Evenson n’est plus qu’un tronc, privé de mouvement, de sexe, de parole. Ni un animal donc, ni un mammifère, ni un être social – à peine un homme. Le roman fait le sens inverse et, ironiquement, s’accapare cette conclusion en poursuivant inutilement son histoire. Une coupe en plus – les deux tiers du livre en fait – et ce qui aurait put être une brillante nouvelle n’est plus qu’un composé léthargique de méli mélo du pire de la littérature bis. Trip gore et mystique, course poursuite et massacre, ambiance résurrection de l’élu et trahisons multiples. Adieu finesse. Tant pis.
Surtout que ces deux tiers ennuient malgré une narration qui va à l’essentielle.Et s’il n’est pas aisé à tout le monde de publier des livres sans confondre littérature et écriture d’histoire, le pire des crimes est de ne proposer qu’une ennuyante histoire sans littérature.

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