Anderson, Marshall, Folman, Romero.

 

Darjeeling Limited, Wes Anderson, 2008

Tourner en rond est une façon comme une autre d’apprécier le paysage. Le dernier Anderson est de ces films qui se laissent regarder comme un pur plaisir de cinéma où l’on devine avant tout le plaisir du cinéaste lui-même à s’exercer. L’Inde n’est pas plus justifiée ici que ne l’est la fratrie de cet opus : il y avait déjà de jolies couleurs et de l’exotisme dans les films précédents, il y avait déjà des fratries autistes et exubérantes. Qu’importe aussi une histoire qui prend du plomb dans l’aile sur la longueur. Elle ne semble être là au fond que pour résumer le parcours personnel d’Anderson et ne cache pas sa tautologie. D’un train à un autre, d’une fuite vers une autre, une même sweet lime.
On apprécie les figures et le style dandy. D’autant plus qu’elles exigent moins d’attention qu’avant dans ce road trip gentillet parsemé de bons moments. Une géniale scène d’ouverture, de très beaux travellings et de superbes ellipses.
Darjeeling est à l’image de ce plan qui laisse discrètement deviner dans la profondeur de champs la robe dégrafée et les reins dénudés de la jolie hôtesse : un tour complet du propriétaire où l’on découvre au passage les dernières surprises d’une œuvre que l’on croyait parfaitement connaitre. Aussi peu nombreuses soient-elles.

Doomsday, Neil Marshall, 2008

Un virus, des punks, des militaires de choc, des cannibales, des chevaliers en armures, des docteurs fous et despotiques, des politiques sadiques, des femmes sexy, du karaoké, du gore, des belles bagnoles… Doomsday est la fable postmoderniste réussie qui manquait au cinéma hollywoodien.
Déjà The Descent jonglait entre la terreur pure et l’envie simple et louable de faire batailler de belles femmes avec une race de male aliénée.
Ne se privant d’aucun plaisir – le premier d’entre eux étant d’écraser encore et encore un crâne déjà privé de son propriétaire – Marshall construit un monument à la gloire de l’absurde joyeux et rédempteur. L’héroïne ne pouvait faire autrement que de demeurer comme chef dans cette version bis du monde moderne. Version déjantée et libérée d’une société où il est de toute façon question de manger son prochain comme signe de supériorité. La belle scène où l’on étanchéise ce territoire est un plaisir de postmoderniste inavoué : garder le contrôle de l’absurde sur une peuplade qui n’est pas encore bien au courant de son existence. Et en jouir en solitaire. Jouissons-en tous implore Neil Marshall. Avec plaisir.
Et le faible succès public du film ne fait qu’attester de son propos : peu sont au fait du genre de monde dans lequel nous vivons.

Valse avec Bachir, Ari Folman, 2008

On en a parlé partout de celui-là et de son contenu. Belle mise en scène du besoin de mémoire, Valse avec Bachir est avant tout une grande réussite de l’animation. Ne cherchant pas à retranscrire le grain et l’aplat du papier comme l’a tenté avec gêne le médiocre Persepolis, cette nouvelle itération de l’animation à l’européenne convainc autrement plus en se parant de vrais moments cinématographiques. Telle l’incroyable scène centrale du rêve : ample, mesurée, parfaitement comprise et enveloppée par le film. Le montage lui-même tire un profit positif du caractère animé à travers les ellipses fondues qui transfigurent les lieux et les psychés. Car en dehors de la justesse de son message et de la transparence étonnante par rapport à son principe – le témoignage est surtout une construction idéalisée de la mémoire – Valse avec Bachir est une apologie de l’animation, pleinement tributaire de sa technique. Une technique qui trouve ici un bel écrin, une belle compréhension qui rassure sur la légitimité de ce genre-là, le dessin animé.
>La fin – éprouvante – pose le film comme le trajet pré cathartique vers l’image filmé, long parcours vers la confrontation, afin qu’elle gagne un sens. Il faut délier le traumatisme pour passer outre. S’exposer graduellement à la souffrance d’Œdipe, ou de Cassandre, ou de Phèdre – etc. – pour vivre plus aisément le monde dans lequel leur figure tragique s’opère. L’image comme apothéose de la culture. Plutôt joli.

Diary of the Dead, George Romero, 2008.

Le film possède t-il comme unique tord de passer après les réussites – à niveaux relatifs – de Cloverfield, Rec et Redacted ? Non. Le film de Romero est seulement le plus mauvais qu’on ait vu cette année, contexte pris en compte ou non.
Insupportable de niaiserie et d’incohérence. Voilà qu’on nous profère des banalités sur la place de l’image indignes du plus mauvais des étudiants de la plus mauvaise école privée de cinéma. Et le personnage du professeur ! Lui et quelques autres témoignent d’un sens de la caricature qui frôle la vision raciste. On préfèrera penser que le manque de subtilité dans la vision sociale et politique de Romero le conduit seul à taper sur ses figures qui ayant trop souvent servies de cible dans le passé ne supportent plus une nullité d’analyse telle qu’elle a prise ici. Et la scène du montage dans la cave ! C’est presque un acte iconoclaste que d’oser la présenter dans un film.
Il faut dire ce qui est, les succès de Romero sont accidentels. Le film précédent relève de ce gout pour le kitch qui fait revenir chez nous Chanta Goya et ses acolytes plus ou moins semblables. La génération qui porte aujourd’hui Romero sur le devant de la scène est celle enfantée par Spielberg. Elle est maintenant en pleine crise d’adolescence et rêve de la portée politique du cinéma bis, pseudo punk ou grunge, pseudo alter constitutionnel.
La vérité est que Land of the Dead était un film conservateur, en retard de deux décennies, stupide et sans élan, qui ne faisait que révéler le simulacre des positions politique des vieux films de Romero. Ce Diary, moins politique et plus ontologique, réitère à sa façon la nullité du cinéaste. Non seulement il n’a aucune vision politique consistante, mais sa vision même du cinéma apparaît au grand jour comme si datée qu’elle semble ne jamais avoir été vraiment prononcée que dans les pensées bêtifiantes de celui qui découvre le medium. Romero est kitch. La mode passera.

~ par retoursur le novembre 25, 2008.

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