La sphères des hommes.
28 Weeks Later
Juan Carlos Fresnadillo, 2007.
A plusieurs niveaux 28 Weeks Later, suite de l’appréciable mais inégal film de Boyle, n’était pas attendu. On avait même un peu oublié ce projet. Visiblement Fresnadillo a lui-même oublié l’existence de son ainé. C’est tout à son honneur. Car si l’on passe sur quelques figures de style que le nouveau venu a le bon gout de préserver 28 Weeks Later, avouons le, pourrait aussi bien être la suite de n’importe quel film de zombie.
D’ailleurs le film prend le contre pied brutal de 28 Days. Fini la condamnation naïve de l’ordre militaire. Bien qu’à l’origine de leur propre violence, les figures militaires sont ici les représentants d’une raison et d’une sagesse qui fera bientôt défaut aux figures conventionnellement plus humaines : le père qui deviendra un zombies revanchard comme on n’en fait plus, l’enfant collabo malgré lui, le héro sacrificiel peu clairvoyant. Autant de gens qui n’écoutent pas. Les militaires au commencement (deux magnifiques scènes : une exécution sommaire et douloureuse et une pluie de napalm façon Coppola), les héros à l’origine. Les premiers tributaires des seconds. A défaut d’être original on respire.
La spécificité de Fresnadillo intervient l’ouverture passée : c’est la construction épurée d’un Londres nouveau sous les traits d’un quartier sécurisé.
Un Londres autrement perdu sous la violence ancienne des zombies et dépossédé de sa capacité territoriale.
Une sphère neuve pour des activités humaines qui tentent de retrouver un cours naturel pendant qu’on brule les cadavres zombifiés aux alentours. Le virus faute de grive a du capituler malgré sa victoire. Belle idée.
Les limites de la sphères d’action humaine sont ce que perçoivent immédiatement les militaires. Leur hyper hiérarchisation n’y étant sans doute pas pour rien. Par contre, l’incompréhension de l’altérité, l’incapacité à la percevoir et à la fixer, tout en portant le film entier va devenir le fléau vraiment ravageur de cette partie là de l’histoire. Si chez Boyle la surprise et l’ignorance préside à la destruction, c’est le basculement permanent entre le familier et l’étranger qui mène tout le monde à sa perte dans 28 Weeks.
Jusqu’où peuvent s’exporter les affaires intramondaines de l’homme ?
Les enfants sont les premiers à subir la question. Et leur erreur tient à leur incapacité à percevoir le bouleversement sémiotique de leur ancien chez-soi. Idem pour les survivants du prologue enfermés dans leur ferme croyant établir là un mur solide pour leurs activités. Evidemment ce qui retient des vaches ne retient pas des zombies (sic).
Cette humanité qui a changé de corps est symbolisée rapidement via la fuite du père qui laisse mourir sa femme. Mise à niveau de la morale et du mécanisme vital. Mécanisme figuré par l’acte militaire de l’exécution sommaire face à l’obligation de survivre en dehors du monopole humain.
Les enjeux glissent avec la menace et le film développe une conclusion fort à propos : pas de pardon en dehors de son contexte de législation_ celui des affaires intramondaines.
Le père se moque bien de dévorer ses fils. Il n’est plus un homme, eux oui.
28 Weeks Later est presque l’affaire d’un décentrement éthique et ethnologique : ne as attendre du monde qu’il fonctionne selon nos catégories. Rien d’étrange alors que le pardon, confiné justement à la sphère intramondaine, n’ait aucun droit à citer face à la menace d’une destruction de cette sphère. Le personnage de Carlyle est dans l’oublie des nécessités auxquelles il était soumis lorsqu’il quémande son pardon. De manière équivalente le mensonge concernant ses propres capacités à survivre pait un lourd tribu. Cf. la scène finale. Gage de protection au sein de l’ordre sociale le mensonge peut se révéler être, en dehors de lui, plus performant à annihiler une espèce que tout autre chose.
Néanmoins, là où The Descent – pour citer un film proche dans le temps et un très bon film – voit dans l’instinct de survie la manifestation d’une brutalité amorale qui appelle la folie, 28 Weeks tient un discours plus pertinent. L’instinct n’est pas brutal ou cruel, ces conséquences le sont. A proportion du danger auxquelles elles répondent.
La réussite thématique du film tient ici.
L’autre réussite est formelle. D’abord 28 Weeks Later est d’une rare beauté plastique pour un film de genre. Scrutation des phénomènes. Propagation d’un feu. Mouvement des gaz, courbures des corps zombifiés, danse des herbes sous le vent, crissement d’une balançoire. Autant de points d’attaches sensoriels au cours autonome du monde. Autant d’artifices visuels qui rejouent la découverte d’un territoire vierge.
On s’amuse de l’ambivalence d’un territoire qui porte les traces d’une population passée, d’une humanisation à oublier, mais aussi la menace flagrante d’un déclin sans retour.
D’où l’importance donné à l’hélicoptère. Symbole même d’une délivrance venue d’ailleurs l’hélico décolle et atterrit dans un autre territoire. Un lieu sur. Ainsi, le retournement final, sans surprise, n’est pas pour autant dénué de sens : le pilote aussi s’égare sur les limites de la sphère humaine et construit par lui-même son échec.
28 Weeks porte aussi bien cette difficulté à l’adaptation, cette résistance à l’oubli, dans sa forme que dans son écriture. Un film étonnant qu’on n’attendait pas sur ce terrain là.
Au moins est-ce du cinéma.


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